Recherche  
 vous êtes ici: Accueil  Articles
Thématique
Article

Homœopathie

 Matière médicale
 Philosophie
 Histoire
 Preuves scientifiques
 Divers


Santé de l'homme

 Vaccins
 Bébés
 Alimentation
 Médecines douces
 Divers


Environnement

 Pollution
 Environnement
 Agriculture
 Divers


Santé de l'animal

 Animaux de compagnie
 Animaux de ferme

Calendrier
Consulter la période:





Revue belge d'homéopathie

Utilisation des rêves en homœopathie

par Dr Filip Degroot, le 15 Février 2008

Introduction au livre consacré aux rêves en homœopathie

Exposé aux journées Belges d'Homœopathie de Ittre le 29 janvier 2005

Par le Docteur Filip DEGROOTE
Lorreinendreef 82,
B - 8310 Brugge (Assebroek)
tel: 32(0)50 363020
E-mail: filip.degroote1@pandora.be


J’aimerais, avec le répertoire des rêves et le livre qui l’accompagne provoquer un changement de mentalité chez mes collègues homœopathes qui considèrent encore toujours de façon légère les rêves comme un épiphénomène négligeable du sommeil.
Mais ils sont nombreux parmi lesquels Aristote, Freud, Jung et aussi beaucoup d’homœopathes comme Jürgen Becker et Rajan Sankaran, ceux qui sont préoccupés par les questions suivantes: “Pourquoi rêvons-nous?” et “Que peuvent représenter les rêves pour notre évolution et notre guérison personnelles”.

Les Senoi, une peuplade du haut-pays central de la presqu’île malaise, considère l’état de rêve comme une réalité, qui, durant la période de rêve du soir, participe à notre continuité et notre achèvement. Cette peuplade a ainsi développé un certain nombre de techniques qui, via un travail sur le rêve, permet au rêveur de relier positivement son évolution personnelle à ce qu’il vit au présent dans le contexte étroit de ce qui se passe socialement dans la société (Voir note 1).

Les rêves sont donc importants car ils sont “réels” et qu’ils nous donnent accès à un matériel dont nous ne disposons pas à l’état d’éveil. Durant le sommeil, nous nous trouvons en effet dans un certain état de conscience, dans lequel certaines résistances tombent de manière à ce que nos émotions puissent sortir librement et sous un aspect étranger (voir note 2).
Il n’y a pas que l’image de notre rêve qui soit importante mais surtout également le sentiment que le rêveur a durant le rêve. Ce sentiment s’approche très souvent de l’illusion de base non compensée du rêveur. Il y a autant de conflits dans le monde des rêves que dans la vie quotidienne ainsi que des émotions aussi bien négatives que positives.
C’est pourquoi les éléments des rêves sont pour nous homœopathes d’une valeur inestimable. Ils nous racontent quelque chose au sujet du for intérieur de chaque individu.

Hélas, les répertoires actuels contiennent encore trop peu de données spécifiques et détailllées au sujet des rêves. Il est donc compréhensible que nous n’osions pas nous aventurer sur un terrain aussi glissant. Mais en même temps, in petto, nous nous donnons facilement des excuses comme: “un rêve qui ne se répète pas n’est pas utilisable en homœopathie; parfois, les patients viennent avec des récits de plusieurs pages de long et nous n’avons pas de temps pour cela ; les homœopathes ne sont quand même pas des psychologues ;...
Mais la vérité est bien sûr qu’on ne sait pas bien se débrouiller avec ces données.

Voici d’abord une petite explication de comment ce répertoire des rêves a été mis sur pied :
Durant ma formation et mes études en homœopathie entre autres chez feu Dr Pladys (1979-1980), j’avais au départ l’impression que le répertoire de Kent contenait toutes les informations dont un bon homœopathe avait besoin pour pouvoir exercer son métier à un bon niveau.

Mais lorsque, durant la même période, l’édition du répertoire de Kent revue par Barthel et Klunker fut publiée, cela provoqua une certaine réticence dans le monde homeopathique.
D’une part, on recevait, avec tous ces ajouts, un champ d’action plus large avec plus de possibilités d’applications de la matière médicale mais d’autre part, la recherche du simillimum devenait maintenant souvent beaucoup plus difficile (via la répertorisation). Beaucoup d’homœopathes choisirent alors de continuer quand même à travailler avec le Kent « pur », bien sûr par facilité et conservatisme.
Après seulement quelques années, ces travaux de Barthel et Klunker, ainsi que les versions informatisées élargies qui ont vu le jour depuis lors ont été complètement acceptées par le monde homœopathique.

Cela devint alors clair pour moi que l’homœopathie avait encore un très long chemin à parcourir et qu’il y avait encore une énorme quantité de matériel à rassembler et à inventorier. Grâce à cela, la recherche du simillimum devrait finalement être infaillible et plus rapide. L’homœopathie devrait pouvoir avoir des scores de guérison au moins aussi bons que son opposant suppressif, l’allopathie.

Et lorsque j’ai commencé à maîtriser un peu mieux ma matière médicale, j’ai commencé, sur le conseil du Dr Jacques Imberechts, à rassembler les symptômes vérifiés cliniquement dans ma propre pratique et à les noter dans un petit cahier (1985).
Cette habitude m’a permis d’établir le retour régulier de certaines observations cliniques et de tendances.
Avec l’usage de l’ordinateur, cela devint subitement possible de mieux travailler toutes ces nouvelles données plus rapidement et de façon systématique.
Et c’est ainsi que j’ai publié le livre « Physical examination and observations in Homeopathy » (1992) qui fut bientôt suivi de « Notes on miasms, heredity and remedy-interactions » (1994).

A un moment donné, j’ai noté aussi toute une série de thèmes de rêves et j’ai remarqué que je pouvais par là dépister plus efficacement et plus rapidement un simillimum homœopathique même sans tenir compte de l’acception généralement répandue qu’un rêve doit être répétitif pour pouvoir être utilisé.
Le fait de noter et d’inventorier tous les thèmes des rêves de mes patients même ceux qui ne se présentent qu’une fois, m’a amené à ce nouveau « répertoire des rêves ».
Tout le monde est d’accord sur le fait que la section « rêves » du répertoire de Kent est trop limitée pour pouvoir être vraiment utilisée.
La raison est que, bien que Hahnemann considérait les rêves comme une partie intégrale de l’image du médicament, il n’avait pas encore perçu la portée de chaque détail durant l’expérimentation.
Et ainsi, certains « grands » remèdes de la section des rêves du répertoire se retrouvent uniquement dans les rubriques : « many dreams » et « vivid dreams », mais dans aucun autre symptôme de rêve spécifique.
Cela veut dire qu’on aurait pu noter bien plus au sujet du contenu de ces rêves durant l’expérimentation, mais qu’on n’accorda alors pas d’importance à ces données et que de nombreux symptômes de rêves furent ainsi perdus.

De plus, tous les rêves décrits dans la matière médicale devraient être analysés en composants et thèmes avant de figurer dans le répertoire. Il y a en effet encore beaucoup de remèdes qui sont repris de façon incorrecte dans le répertoire, surtout dans les rubriques de rêves comme nous les connaissons maintenant.
-C’est ainsi que certaines données ne se retrouvent pas dans la bonne rubrique.
Par exemple, Murex purpurea (l’escargot pourpre) est repris dans la rubrique « Dream, sea ».
Nous pourrions supposer ici qu’il s’agit de la mer – « étendue », ce qui est vraisemblable car Murex est un escargot marin qui vit sur les côtes de l’Adriatique et de la Méditerranée.
Mais le proving de T.F. Allen reprend Murex dans le contexte suivant : Sleep, with troubled dreams ; I fled from a stormy sea, and found myself again in a meadow with water- Sommeil, avec rêves troublés; je m’enfuyais devant une mer tempétueuse, et je me retrouvai dans un pré avec de l’eau.
De cette phrase, il apparaît que le contenu de ce rêve est en rapport avec une grosse vague de marée qui jaillit soudainement de la mer et qui submerge le rêveur (à distance donc), ce qui n’a aucun rapport avec ce qui se passe dans ou sur la mer.

- Parfois, l’essence d’un rêve que l’on retrouve par exemple dans la matière médicale de Clarcke ne se retrouve plus du tout dans le répertoire :
Par exemple, chez Myristica sebifera : dreams about houses being built commencing with top stories - rêve de maisons construites en commençant par les étages supérieurs.
Ici, l’essence du rêve n’est pas la construction, mais la prise en charge complètement fausse (ou inversée). Dans ce cas, j’ai moi-même imaginé le symptôme : « Dreams, reverse world » comme rubrique principale sous laquelle cette idée précise peut être placée.

Chaque rêve, raconté par le patient, peut être analysé en ses composantes. On peut tâcher de retrouver ces différentes composantes dans la partie « Mind » du répertoire, principalement dans les rubriques : « delusions, anxieties et fears » (cfr note 3 et 4).
Cet élargissement est cependant encore le plus souvent trop court pour pouvoir englober la complexité de la plupart des rêves.
Les ajouts de données provenant de nouveaux « provings de rêves » des grands remèdes connus ou de la clinique seraient ici les bienvenus.
Dans ce répertoire informatisé de rêves élargi, les thèmes des rêves provenant de la clinique sont ajoutés aux rubriques déjà connues. La plupart de ces thèmes ajoutés ont été rassemblés durant ces dix dernières années de façon empirique principalement dans ma propre pratique. Au cours de ces dernières années, j’ai déjà fait vérifier diverses éditions de ce répertoire des rêves par un certain nombre de collègues homœopathes dans leur pratique. Leur enthousiasme et surtout leurs résultats cliniques m’ont convaincu de continuer à faire ces ajouts, ce qui est devenu une occupation quotidienne.

J’espère, avec cette première version informatique, avoir finalement réussi à faire de ce travail quelque chose de passionnant et d’utilisable, devenant un instrument de travail d’accès facile dans la pratique quotidienne de chaque homœopathe. Un autre avantage de la version électronique est qu’il est possible de publier beaucoup plus vite une mise à jour.

Je considère ce répertoire clinique de rêves comme un élargissement nécessaire, car, d’une part on a repris beaucoup trop peu de symptômes de rêves des anciens provings, et d’autre part, dans les répertoires actuels, les « new remedies » se retrouvent de façon détaillée dans les rubriques de rêves.

Note 1 : Kilton Stewart a introduit la théorie des rêves des Senoi et leur psychologie dans le reste du monde via la publication d’un article en 1951.
On peut trouver d’autres données à ce sujet chez entre autres HENDRICKS G. & RUSSEL W. dans leur livre : : ' The centering book', in the chapter 'Working with dreams', Prentice/Hall, inc. Englewood Cliffd, New Jersey, 1975 - Nederlandse vertaling: Ssst... luister 's even naar jezelf.: Werken met dromen, blz. 41 - 63, Uitgeverij de Toorts, Haarlem, 1978.

Les rêves jouent également un rôle important dans la culture et la vie quotidienne des Indiens Lacandon, les seuls descendants quasi authentiques des Maya qui vivent encore maintenant totalement isolés dans la forêt tropicale du Guatémala (dans la région de Peten) et au Mexique voisin.
La suissesse Gertrude Blom décédée en 1993 a consacré une grande partie de sa vie à ces peuplades.

Note 2 : Jes BERTELSEN dans son livre : Dromen, chakra’s et méditatie :
pg 27 (traduction française) : Les rêves sont une réalité voilée, une dépression de la conscience, c’est ainsi que toutes sortes de fantaisies et de projections ont la possibilité de se déployer.
pg 172 (traduction française) : Le rêve signifie une chute de conscience, une dispersion d’énergie, un état de projection.
Le moi est dégradé primitivement jusqu’à atteindre son pendant le plus faible, énergétiquement parlant : « le moi-rêve. L’énergie qui est libérée par ce moyen se déploie et est réactivée et imagée en d’autres éléments du rêve : animaux, tables, chaises, personnes, autos, herbe, air, en actions et ainsi de suite.

Note 3 : au sujet de la liaison entre « dreams » et « delusions »...
Dans le foie et la rate, notre corps vivant éthérique (bioplasma) aggripe notre corps physique. Ils sont donc aussi la porte vers l’autre monde, là où notre âme se trouve la nuit pendant notre sommeil. Quand il s’en va sous cette forme « âme » et qu’il étire le cordon ombilical auquel il est attaché afin de partir en voyage, il passe par cette porte. Lors du réveil, lorsqu’il réintègre le corps et que le cordon se rétracte, il passe de nouveau par cette porte.
Ce que j’ai expérimenté dans l’autre monde, c’est le foie qui le met en image et cette image, une fois retenue dans notre conscience cérébrale est appelée : rêve ou à l’occasion, hallucination ou vision.
Si le foie est malade, les hallucinations font surface, ce qui veut dire que nous prenons le rêve pour une réalité du jour. Alors, l’équilibre est brisé, l’autre monde domine le premier, ce qui est déjà le cas dans la rêverie.
Le plexus solaire est la porte d’entrée/sortie. Le foie reçoit, travaille et rend ce qu’il a reçu comme impressions ; il fonctionne comme un cerveau des tripes. Tandis que pendant le jour, notre cerveau, pool des pensées, émet des idées, la nuit, notre foie, pool de la vie, travaille en images.

Note 4 : Sankaran fait aussi un lien entre les rêves et les illusions dans son livre « The Spirit of Homeopathy », chap 28.

INTRODUCTION :

Les rêves suscitent notre intérêt depuis l’Antiquité Gréco-romaine. Ils y étaient généralement considérés comme des messages des dieux. Dans le judaïsme (ancien testament) et dans le christianisme (nouveau testament), les rêves ont souvent contenu des prédictions ou fait connaître les intentions et désirs divins.

La croyance populaire a, dans les siècles qui ont suivi, généralement brodé autour de ce caractère autrefois douteux et prédicatif de certains symboles de rêves. De ce fait, on a donné à la plupart des rêves une signification irréelle et trompeuse. Et c’est ainsi que pendant longtemps, même après la mise au point de méthodes d’investigation scientifiques, les rêves furent totalement ignorés.

L’explication moderne et scientifique des rêves et l’utilisation du contenu des rêves à fins psychothérapeutiques commença vraiment vers 1900, avec la parution de « Die Traumdeutung » de Sigmund Freud, un travail innovateur dans lequel les rêves étaient vus comme “des lettres à nous-mêmes”.
Freud a été le premier à affirmer que dans un rêve, le subconscient a la parole, et que nous vivons dans nos rêves les désirs et émotions que nous ne nous accordons pas dans la vie de tous les jours.
Et ainsi, nous cherchons l’équilibre entre d’une part, nos peurs et désirs irrationnels et d’autre part, la réalité quotidienne. (Voir note 1).

Le rêve est par conséquent un indicateur précis, très subtil, et très sensible de ce qui se passe dans l’inconscient de chacun de nous.
Les rêves nous racontent de façon indirecte les tensions personnelles psychiques et émotionnelles de chacun de nos patients.
Ils sont souvent des expressions de conflits de sentiments inconscients sous-jacents qui peuvent, en plus des rêves, conduire à des plaintes psychiques et/ou physiques.
Ils sont donc un reflet de la personne tout entière.

Il est évident que nous n’allons pas guérir nos patients uniquement grâce à leurs rêves mais ces symptômes de rêves vont être cadrés dans la “totalité” de leurs symptômes (Voir note 2).
Les symptômes de rêves qui seront retenus après une sélection rigoureuse, seront donc déterminants pour le remède.

Note 1: Freud voyait les rêves surtout comme une forme de réalisation de désirs et considérait leur analyse comme un voie royale pour arriver à connaître quelque chose au sujet de l’espèce de boullie obscure et intemporelle que représentent nos pulsions inconscientes.
Jung, son élève infidèle, avait des idées plus nobles et voyait le rêve comme une sorte de communication symbolique entre le conscient et le riche insconscient.
VROON, P.A., Allemaal psychisch, blz. 131, Uitgeverij Ambo, Baarn, 1988 (zevende druk, Rainbow Pocketboeken, 1993).

Note 2: cf. §§ 7 en 8 de l’Organon: la totalité des symptômes du patient donne une image qui est l’expression de la maladie interne.
Cf. casuïstique: questions, quels thèmes de rêves pouvons-nous utiliser spécifiquement.

Remarques concernant les rêves d’un point de vue homœopathique:

Les rêves peuvent être utilisés de différentes manières en homœopathie

Depuis les premières expérimentations faites par Hahnemann, les rêves sont considérés comme une partie intégrale de l’image du médicament. L’utilisation des rêves dans la pratique quotidienne est une des expériences les plus passionnantes pour un homœopathe chevronné.
Cela nous donne vraiment la chance de comprendre plus vite et plus profondément notre patient parce que le rêve contient la dynamique psychique du remède.

On peut travailler les rêves à différents niveaux.

-D’une part, nous trouvons souvent dans les rêves un exposé des problèmes réels de notre patient, ses émotions et vulnérabilités venant “littéralement” à la surface. Nous pouvons alors utiliser les rubriques à partir du Mind ou des images mentales que nous connaissons à partir des Matières Médicales.

-Mais d’autre part, beaucoup de rêves sont “hantés” par un langage symbolique. C’est pourquoi il faut donner un peu d’information au sujet du symbole et de symboliser:
Carl Gustav Jung est une autorité dans le domaine de la liaison entre la psychologie et les symboles car il a été le premier psychothérapeute à situer le symbolisme aussi bien en dehors d’un évènement strictement verbal qu’en dehors d’un matérialisme strictement biologique.
Pour Jung, le symbolisme est tout à fait en rapport avec l’individualisation (devenir soi-même un tout) et cela fait partie aussi et surtout d’un aspect spirituel.
Qu’est-ce qu’un symbole?
A l’origine, un symbole est un objet (en pierre, en bois ou en métal) divisé en deux. Deux personnes qui ont chacun un des deux morceaux peuvent les remettre ensemble et réunir de nouveau ce qui a été séparé.
Un symbole contient donc deux aspects psychologiques importants: séparer et réunir (Note du traducteur: éénworden-devenir un).

Qu’est-ce qui peut devenir objet de symbolisation?
A peu près tout peut recevoir une valeur symbolique: une chose, une personne, une impulsion, un rêve,…
A condition que cette énergie psychique puisse relier ou mobiliser.

En psychothérapie, le symbole est un pont qui permet à l’énergie non assimilable d’atteindre le conscient. Cette intégration ne peut avoir lieu que si le “moi” y est préparé. De cette façon, “le moi séparé” peut, via la symbolisation, se tranformer en un “moi réuni”. Avec l’aide du remède homœopathique approprié, ce processus peut être accéléré de façon consciente ou inconsciente.

Le langage des rêves est surtout visuel et symbolique.
Les rêves peuvent parfois résoudre des problèmes (cf. Kekulé – voir: Benz-ac.). L’explication en est que, souvent, l’inconscient offre une sorte de clef permettant de résoudre des problèmes réels déterminés.

Mais comment sait-on que nous avons à faire à un rêve symbolique?
Lorsqu’on entend ou lit certains rêves, il arrive souvent qu’on sente directement que, derrière ce récit, se dissimule une signification plus large et plus profonde, qui pourrait avoir une force/valeur symbolique. Il y a comme quelque chose de mystérieux qui plane ou bien le rêveur insiste très fort sur certains détails qui ont apparemment un rôle/signification importante.
Exemple: voir 3ième cas de Formica rufa.
En fonction du contexte, les symboles ont le plus souvent des significations différentes.
En tant qu’homœopathe, il est donc dangereux d’interpréter les rêves pour nos patients. Les patients savent parfois expliquer les symboles des rêves par eux-mêmes, mais le plus souvent, dans la pratique, cela n’est pas vraiment nécessaire de vouloir les relier per se à une explication.

Et pour finir, pour tout ce qui a trait aux symboles, les MYTHES, HISTOIRES et LEGENDES de tous temps sont très importants.

Depuis l’avènement de la société positive, nous vivons dans un monde plus ou moins “renfermé” (Note du traducteur: ontwijde wereld: monde “non-vaste”) dans lequel nous voyons la nature surtout comme un ensemble de phénomènes conformes aux lois scientifiques physiques.

Nos ancêtres, par contre, n’avaient pas la possibilité de voir la nature sous cet angle. Au contraire, ils projetaient toutes leurs attentes, craintes et fantaisies sur la nature environnante. C’est ainsi qu’ils attribuaient à des objets inanimés des caractéristiques d’êtres vivants et qu’ils remplissaient le monde à partir d’eux avec des dieux, des esprits et des forces mystiques.
Les mythes, légendes et récits sont apparus dans ce contexte. Ils sont des vestiges en première instance des temps anciens et sont donc des expressions d’images archétypiales riches en symboles.

Mais il n’empêche que ce monde est encore toujours un monde “réel” avec lequel nous recevons souvent des sensations et des contacts dans les rêves. Nous pouvons parfois ressentir cette énergie de façon intuitive dans la récit des rêves de nos patients: cf. partie II, Casuistique comme chez Silicea (cas 3).

NB: Freud voyait dans les récits des symboles de processus psychologiques plus profonds et d’impulsions sexuelles réprimées. Ainsi, il n’est pas difficile de voir le loup furieux comme symbole de l’homme sexuellement actif et le Petit Chaperon Rouge comme symbole du sang et de la passion.

Cf. Drosera (Symbolische Materia Medica, Bomhardt, M.).
Ex: Une de mes patientes-Drosera rêves qu’elle est en voyage avec son mari et qu’elle se trouve dans une chambre d’hôtel. Elle est seule dans le chambre tandis que son mari est parti voir un concert le soir. Soudain, on toque à la porte. Elle ouvre et un homme obèse veut entrer dans la chambre. Elle ressent intuitivement qu’il veut la violer et peut encore refermer la porte juste à temps. Elle téléphone à son mari mais celui-ci ne décroche pas. L’homme essaie à nouveau d’entrer via une ouverture ronde dans la porte, mais n’y arrive pas. Elle téléphone à nouveau à son mari qu’elle parvient maintenant à joindre. Il revient vite et la menace disparaît.

Jung s’est également intéressé aux récits mais il voyait ceux-ci surtout comme des expressions de l’inconscient collectif dans lesquelles se trouvent des images ancestrales comme les sorcières et les fées en colère (= la colère, le mauvais) ou la bonne fée (=amour et bonté) ou encore la forêt (=obscurité ou ne pas savoir que faire),…

- Dans le rêve, la vulnérabilité ou l’essence du remède dont le patient a besoin se trouve souvent “aggrandie” même s’il n’y a rien d’objectif ni de pratique à observer.

Exemple:
Une femme de 42 ans qui est mariée avec un homme souffrant d’un léger handicap physique a le rêve suivant:
Elle rêve qu’elle va parquer la voiture pendant que son mari qui est déjà descendu l’attend assis sur un muret. Elle gare la voiture, descend et revient vers lui pour lui demander sa carte de parking alors qu’elle a déjà dans la main celle qui était dans la voiture (1).
Lorsqu’elle revient vers la voiture et qu’elle veut traverser la rue, il y a un grand nombre de voitures qui arrivent. Elle observe un chien qui court au milieu de la rue devant les voitures. Elle est étonnée que ce chien soit suivi par un si grand nombre de voitures avec chauffeur (2). Lorsque le chien s’engage soudain dans une rue, les voitures s’y engagent également.

Discussion:
Ce qui est frappant dans le rêve, c’est la déconnexion mentale de la personne avec ce qui se passe.
(1): Elle est à côté de ses pensées.
(2): Ou elle voit comment les autres se laissent mener par une créature inférieure. C’est comme si leur volonté était déconnectée et comme si la possibilité de décider “par eux-mêmes” était sclérosée.

La relation avec le remède “Alumina” devient alors évidente.
Alumina: essence = sclérose, entre autre sclérose du cerveau (Alzheimer).

Une patiente de 40 ans qui a l’air énergique et pleine de vitalité rêve qu’elle oublie tout. Elle a même oublié que sa mère est morte et qu’on l’enterre aujourd’hui. Mais elle s’en souvient finalement car quelqu’un lui a rappellé juste au dernier moment. Elle va à l’église où il y a encore quelques préparatifs à faire. Elle court à gauche et à droite et laisse constamment ses affaires traîner partout. Plus rien ne va. Une fois, près de la famille, elle ne retrouve plus son sac à main pour la xième fois.
Dans un autre rêve, elle a invité différentes personnes à manger et elle ne sait plus qui elle a invité et quand.

Ici, de nouveau, les rêves suggèrent “une sclérose cérébrale”/démence.
Le remède est de nouveau Alumina alors que la patiente ne présente absolument pas de signe objectif de sclérose.

-Certains thèmes de rêves n’exigent en effet qu’une simple réflexion avant d’être prêt à venir à l’esprit de façon claire. C’est même ainsi que certains symptômes mentaux qui sont difficiles à percevoir ressortent beaucoup mieux dans les rêves.

Exemple 1:
Il rêve qu’il entre dans un magasin de chaîne hifi pour s’y procurer une nouvelle installation. Bien qu’il sache qu’il n’en a pas vraiment besoin, il s’informe auprès du vendeur. C’est un mauvais vendeur. Il doit tout demander de façon explicite, le vendeur ne lui explique rien par lui-même. Toutes les installations hifi ont l’air démodées. Il finit par quitter le magasin sans rien acheter.
Dans un autre rêve, il est dans un autre magasin d’hifi. Il veut se procurer une nouvelle installation vidéo bien qu’in n’en ait pas besoin. Pour finir, il quitte de nouveau le magasin sans rien acheter.

Symptôme: Mind, desire, indefinite (SIL.)
Justification:
Le vendeur (= Soi-même) ne sait pas bien répondre à ses questions (= desirs = l’inconscient) parce qu’il ne sait pas bien les définir (= le conscient).
Par conséquent, l’installation hifi la plus moderne ne lui apporte pas de satisfaction et lui paraît même démodée.

Donc, il y a dans l’inconscient un désir : cf., rubrique: Dreams, things, desired. Mais dans le conscient, on ne se rend pas encore compte tout à fait de ce désir: cf., rubrique: Mind, desires, indefinite.

Silicea réfère aussi au signe astrologique “Sagittaire” et également à “Cupidon”, à côté duquel le sagittaire doit encore décider dans quelle cible il va envoyer sa flèche.

Exemple 2:
Un homme de 39 ans souffre très fort de claustrophobie (3). Cela peut arriver par exemple lorsqu’il est conduit au travail et qu’il se trouve sur la banquette arrière entre d’autres personnes. Parfois, il est très oppressé pendant la nuit et il se réveille en panique quand son nez est bouché (6). Il imagine alors un scénario catastrophe dans lequel on doit faire un examen par le nez en clinique, et il commence à paniquer très fort (4).
Il me raconte ensuite le rêve suivant: il est dans le jardin attenant à sa maison paternelle. Il a pris la décision de s’y construire une cabane (2) mais se heurte à toutes sortes de problèmes. C’est la pagaille alentour dans le jardin (5). Le matériel dont il dispose ne semble pas idéal pour un tel travail. Il pense même qu’il n’aura pas assez de planches pour pouvoir faire une cabane. Ensuite, il a peur que, une fois la cabane construite, la haie ne pousse dedans ou qu’elle ne fourmille d’insectes (4). Pour finir, suite à tous ces problèmes, il en vient à ne pas commencer la construction (1).

Symptômes d’ARG-N. :
(1): Mind, undertakes nothing, less he fails.
(2): Mind, plans, making many
(3): Mind, fear, narrow place, in
(4): Mind, anticipation
(5): Mind, trifles seem important - conscientious about trifles
(6): Respiration, difficult, covering nose or mouth

Evaluer les rêves dans le temps équivaut à suivre le pouls énergétique du patient:

Suivre chronologiquement les rêves du patient et les analyser homœopathiquement durant le traitement équivaut à suivre et à contrôler de façon continue les fluctuations du « pouls énergétique » du patient.

Lorsqu’on commence l’homœopathie, on passe des années à essayer de connaître le répertoire à cause d’une mauvaise connaissance de la Matière Médicale. On en vient à savoir où se trouve précisément dans le répertoire chaque plainte spécifique que le patient nous dit.
Heureusement, ces dernières années, grâce à l’utilisation de l’ordinateur, on a créé d’énormes possibilités pour mener les recherches dans les différentes Matières Médicales. Avant, on était obligé de faire nous-mêmes dans le répertoire de Kent des additions que l’on trouvait dans les différentes Matières Médicales. Maintenant nous avons à notre disposition des répertoires « up-graded » qui permettent aussi bien aux débutants qu’aux homœopathes chevronnés de pouvoir faire un meilleur usage de l’ensemble des connaissances actuelles et des données autrefois dispersées.
Entre-temps, grâce aux cours, aux stages ou à l’étude personnelle, on élargit ses connaissances en Matière Médicale mais aussi en doctrine homœopathique.

Et pour finir, ce sont mes patients qui sont devenus mes meilleurs professeurs. Une évolution positive d’un patient me donne une illustration de la justesse et de la pertinence de ma prescription homœopathique.

En tant qu’homœopathes, nous sommes confrontés tous les jours au défi de trouver le meilleur remède pour chaque patient. L’homœopathie classique est en effet supérieure à beaucoup d’autres thérapies alternatives, mais est en même temps une discipline très difficile.
Et le plus souvent, le plus grand problème n’est pas d’avoir la meilleure prescription lors de la première consultation mais surtout de gérer le « follow-up ».
Ce n’est pas parce que le patient a bien réagi sur le premier remède que celui-ci est forcément le bon.
Dans beaucoup de cas, nous devons changer de médicament après un petit temps, et alors, nous avons en général beaucoup moins de données qu’initialement, étant donné que le patient est beaucoup plus harmonieux au niveau émotionnel, mental et physique. Résoudre plus profondément un cas reste souvent un obstacle, même pour un homœopathe expérimenté. (Voir note)
Bien que l’expérience, l’intuition, la motivation et l’évolution personnelle soient importantes, il manque cependant encore parfois des outils pour pouvoir surmonter une telle impasse.
Dans ces cas, nous perdons souvent la confiance du patient qui abandonne le traitement. Nous avons besoin d’une méthode de détection plus fine pour pouvoir donner une nouvelle direction au traitement homœopathique.
Dans ma pratique, cela fait une dizaine d’années que j’utilise les rêves. De cette façon, il y a en effet un nouveau monde « plein de données utilisables » qui s’ouvre à nous. Le seul défi qui reste étant d’apprendre à travailler avec ce moyen.

Note : Je voudrais citer ici Bill Gray lorsqu’il parle de 'Longterm Management in homoeopathy and the evolution of a homoeopath':
" The great problem after prescribing the (right) remedy, comes after a few months, the second prescription. You have to discriminate between cure, suppression or disruption. You have to be able to recognize what happens, when it happens and to know what to do about it. This is the critical aspect in homoeopathy. You have to know how to apply this knowledge. Without it, all the rest becomes irrelevant."


© Copyright Homeobel